L'Heuristique: Journal des étudiants de l'ÉTS

Les Étudiants et étudiantes mis à contribution pour des fantaisies immobilières

Novembre 2012 » Campus » Par Félix-Antoine Tremblay, étudiant de génie de la construction, chef de pupitre du JETS

La délocalisation et l’expansion des campus universitaires québécois semblent de plus en plus populaires depuis une décennie. En effet, pendant cette période, pour la seule région du grand Montréal, on a notamment pu observer la construction d’un pavillon de l’Université de Sherbrooke à Longueuil, une tour de 14 étages surplombant un grandiose basilaire de deux étages, d’un pavillon de l’UdeM à Laval au coût de 50 millions de dollars et la construction du désormais célèbre Îlot voyageur de l’UQAM, au prix modique de 300 millions de dollars. Le gouvernement du Québec l’avait par ailleurs racheté pour 200 millions et tente aujourd’hui de s’en départir pour 29,4 millions de dollars. À ces projets du passé, on peut ajouter le futur campus de l’UdeM à Outremont pour lequel le terrain a déjà été acquis et la future Maison des étudiants [sic] (MDÉ) de l’ÉTS, pour ne citer que ceux-ci.

Il semble effectivement que les universités pourtant en manque de financement, si l’on se fie aux dires de la CRÉPUQ, prennent goût à ces investissements immobiliers risqués payés à même les fonds publics. Ces développements ont notamment pour but de séduire une plus grande quantité d’universitaires afin d’obtenir, du même coup, un financement plus élevé, car il faut savoir que les universités sont financées selon le nombre d’étudiants et d’étudiantes qui les fréquente. Il s’agit incontestablement de la raison majeure de ce désir d’expansion, mais du moment où il s’agit de financement public et donc limité, cette quête de financement accru devient plutôt une lutte pour obtenir une part plus grande d’un même tout. Les universités dilapident les fonds publics pour obtenir les fonds publics des universités voisines en leur faisant concurrence. C’est une dépense absolument inutile qui relègue leur but premier, l’éducation, au second plan.

Dans le cas de l’École de technologie supérieure, constituante du réseau de l’Université du Québec, son projet de MDÉ se démarque du lot pour la principale raison qu’il serait financé non seulement par les fonds publics, mais par les étudiants et étudiantes eux-mêmes. Ce projet de 40 millions de dollars, soutenu par l’Association des étudiants de l’ÉTS suite à un référendum en ligne au taux de participation anémique, serait financé par ses membres pendant 25 ans au coût de 390 000 $ par année. Selon l’entente actuelle, l’Association ne posséderait aucune partie du bâtiment malgré son financement total de plusieurs millions de dollars. Elle n’aurait droit qu’à l’utilisation d’un septième de la surface de plancher du projet, selon ses besoins.

Ce projet, malgré son titre accrocheur, serait plutôt utilisé à des fins administratives et commerciales, il inclura spécifiquement : une banque, une pharmacie, une clinique médicale et un stationnement payant de deux étages. On peut légitimement se demander en quoi il est si anormal pour une université d’offrir des locaux dédiés à la vie étudiante qu’elle doive quémander une subvention de la part de ses étudiants et étudiantes pour les financer.¹C’est que lors de sa conception initiale, la MDÉ impliquait notamment la présence d’une piscine, d’un terrain de soccer, d’une patinoire, d’un cinéma étudiant et d’une salle d’exposition. Parmi les 59 pages du document informatif, on comptait au total trois lignes dans des tableaux de financement annuel portant la mention : « revenu cotisation étudiants ? 390 000 [$] » sous une colonne « 2014-2039 ». Ce sont ces trois lignes, parmi les images attrayantes et les descriptions utopiques, qui auraient dû attirer l’attention des quelques votants et votantes ayant répondu au référendum, car à ce jour, de tous ces beaux projets, il ne reste rien. La raison du financement étudiant de ce projet est simple : le référendum qui l’a permis ne fournissait pas aux membres toute l’information nécessaire à une décision d’une telle ampleur, seulement les informations du promoteur.

Le projet de la MDÉ s’inscrit donc dans la lignée des développements immobiliers dont on peut questionner la nécessité. Considérant que l’École de technologie supérieure tire une bonne partie de son financement du domaine privé, on peut s’interroger sur la véritable nécessité d’un investissement étudiant dans un projet aux allures commerciales. Dans les rangs de l’Association des étudiants [sic], on défend la qualité de cet « investissement », mais est-ce même le rôle d’une telle association que « d’investir » l’argent de ses membres? Il faut se demander ce que l’Association pourrait faire d’autre avec une telle somme d’argent, pour ses membres ou la communauté locale, ou même ce qu’elle pourrait ne pas faire, car après tout, personne ne la force à percevoir ces fonds supplémentaires, du moins, il faut l’espérer.

¹Phrase manquante dans la version publiée initialement en raison d'une erreur de montage.