L'Heuristique: Journal des étudiants de l'ÉTS

Dérive autoritaire à l'AÉÉTS

Novembre 2016 » Campus » Par Félix-Antoine Tremblay, étudiant de génie de la construction, rédacteur en chef, L'Heuristique

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Association étudiante de l'ÉTS

Comme le dit l’allégorie de la grenouille, laquelle ne réagirait pas lorsque déposée dans de l’eau chauffée progressivement, mais seulement lorsque celle-ci est déjà bouillante, la population a une fâcheuse tendance à endurer une mauvaise situation jusqu’à ce qu’elle devienne intolérable, alors qu’il est souvent trop tard.

Il faut quatre ans pour qu’une cohorte de bachelier(e)s diplôme à l’École de technologie supérieure (ÉTS). L’Association étudiante de l’ÉTS (AÉÉTS) se renouvelle donc de façon cyclique, au rythme de ces cohortes. Lors de ces cycles, les étudiant(e)s endurent ses erreurs, jusqu’à ce que celles-ci atteignent un niveau intolérable, puis réagissent.

En 2012, l’AÉÉTS en était à ce niveau. La situation était telle qu’un groupe s’est manifesté pour changer drastiquement les choses. Cela a mené à de nombreuses améliorations pour l’Association, notamment de nouveaux règlements généraux. Cependant, force est d’admettre que, quatre ans plus tard, la situation est de retour à son point de départ.

Le regroupement AÉÉTS 2.0[1] est celui qui devait remettre l’Association sur le droit chemin, après un cycle complet. Cela s’est avéré un échec. Ce qui n’est probablement pas étranger au fait que, depuis 2011, un seul administrateur n’a pas été remplacé : son nouveau président.

George Bernard Shaw disait que « Les hommes politiques et les couches des bébés doivent être changé[e]s souvent... et pour les mêmes raisons. » Pourtant, après cinq blâmes, une suspension, un vote de non confiance, une démission forcée et une candidature refusée aux élections[2], ce dernier tient bon. Des anciens présidents de l’Association avaient d’ailleurs mis en garde l’équipe AÉÉTS 2.0 par rapport au bilan de ses précédents mandats.

Situation critique

Quatre ans après la dernière vague de changement, les situations où le conseil d’administration (CA) de l’Association contrevient, contourne et modifie à son avantage ses règlements sont si fréquentes qu’il faudrait certainement une édition de L’Heuristique en entier pour les couvrir. Il faut toutefois admettre que leurs membres leur ont accordé cette liberté par leur inaction.

Par exemple, pour l’année en cours, les deux tiers de leurs procès-verbaux n’ont pas été rendus publics[3], leur budget non plus[4], mais cela n’inquiète pas leurs membres. À ce jour, le CA n’a toujours pas été blâmé pour avoir truqué deux référendums en 2012[5] et ses élections le printemps dernier[6]. Le CA ne sera également pas blâmé pour avoir modifié les règles électorales pendant les élections de cet automne[7]. Lorsque le CA a renversé des décisions de l’assemblée générale du 8 juillet 2015[8], une décision sans précédent, cela n’a pas soulevé un tollé.

Au cours du dernier mois, l’AÉÉTS est retombée dans ses vieilles habitudes de censure politique sur sa page Facebook, ce qui contrevient à sa propre nétiquette. Elle ne sera pas blâmée pour ça non plus. Pire encore, le président de l’AÉÉTS a ensuite soumis un avis de motion[9] selon lequel les étudiant(e)s désaffilié(e)s ne pourraient plus bénéficier de « l’ensemble des ressources de l’AÉÉTS, ni [des] ententes contractuelles négociées par l’AÉÉTS ». Une motion qui aurait eu, entre autres, pour effet de m’empêcher d’écrire dans le journal étudiant, puisque j’en suis désaffilié.

Heureusement, les règlements de l’AÉÉTS dictent que « l’Association n’a pas droit de regard en ce qui a trait au contenu » de ses médias[10]. Cela a cependant peu d’importance, puisque le CA peut modifier cette section de la charte sans l’approbation de l’AG.

L’adoption d’une motion si vague aurait cependant eu d’autres effets. Par exemple, les étudiant(e)s désaffilié(e)s n’auraient plus pu être membres de l’Alliance pour la santé étudiante au Québec (ASEQ), ni utiliser le Resto-pub ou le dépanneur, ni participer dans les comités et délégations de l’Association, etc.

Désaffiliation

Les étudiant(e)s d’une université ou d’un cégep sont membres par défaut de leur association étudiante. Cela est une mesure calquée sur le fonctionnement des syndicats du travail, lesquels utilisent la formule Rand. Le principe justifiant cette formule est que tou(te)s les individus d’un groupe représenté par le syndicat bénéficient de la même convention collective.

À l’AÉÉTS, cela veut dire que tou(te)s les étudiant(e)s ont les mêmes avantages (et désavantages) résultant des négociations menées par l’Association. De ce fait, il serait injuste d’en bénéficier sans avoir à payer son dû. Une telle situation mènerait à des vagues de désaffiliations basées uniquement sur le montant à payer. En effet, à quoi bon payer si les gens qui ne paient pas ont droit aux mêmes bénéfices? Cela causerait inévitablement la disparition du syndicat, faute de moyens financiers.

Dans cette optique, un(e) étudiant(e) désaffilié(e) n’est plus représenté(e) par l’Association, mais doit continuer à la financer. La motion rédigée par le président était, en ce sens, surréelle. Elle aurait imposé à tou(te)s les étudiant(e)s de payer leur cotisation, mais les aurait séparé en deux classes distinctes : ceux et celles qui la paient et qui bénéficient des ententes négociées pour tou(te)s, et les autres, qui la paient et qui n’en tirent aucun bénéfice. Cette seconde classe aurait même eu moins de droits que le grand public, lequel peut par exemple faire affaire avec les entreprises de l’Association.

De surcroît, cette motion ne contenait aucune clause quant aux étudiant(e)s s’étant désaffilié(e)s avant cette modification. De ce fait, les individus ayant par exemple déjà payé pour leur couverture de l’ASEQ auraient perdu leur argent, leur couverture d’assurance et leur droit de la renouveler.

Heureusement, la loi n’aurait pas permis à l’Association d’agir ainsi. Cela dit, il est complètement aberrant que les étudiant(e)s doivent se fier sur la loi pour les protéger contre leur propre association étudiante, dont le mandat est justement de défendre leurs intérêts.

Face à un tel niveau d’incompétence et d’improvisation, si je ne m’étais pas déjà désaffilié de cette association, je le ferais certainement à nouveau…

[1] Page Facebook de l’AÉÉTS 2.0 fb.me/aeetsdeux 

[2] Blâmes, suspension, vote de non confiance, démission forcée et candidature refusée aux élections pastebin.com/pCYwqBbq 

[3] En date du 13 octobre 2016, seulement six procès-verbaux ont été rendus publics, sur un total de 19 assemblées bit.ly/1tCmwT3 

[4] Budget public (non mis à jour depuis le 30 avril 2016) bit.ly/1PchP9a 

[5] La loi du silence, L’Heuristique bit.ly/1ZSmiB4 

[6] Bilan des élections d’hiver 2016, L’Heuristique /bit.ly/1Or44Wz 

[7] Résolution CA20161012_37-007-7.1 (procès-verbal non rendu public) http://pastebin.com/5vPDhk71 

[8] Un Dangereux précédent, L’Heuristique bit.ly/1GBAB8l 

[9] Avis de motion pour l’AG du 19 octobre 2016, rédigé par le président de l’AÉÉTS imgur.com/a/dymrv 

[10] Articles V-A-2.2. et V-A-11.2. de la charte de l’AÉÉTS bit.ly/2dWSQuk, bit.ly/2dNsAmS 

[11] Sommaire du budget mis à jour en temps réel (non mis à jour depuis la fin de la dernière année fiscale) bit.ly/2dfBHsp