L'Heuristique: Journal des étudiants de l'ÉTS

Prêcher dans le désert

Mai 2015 » Vie étudiante » Par Félix-Antoine Tremblay, étudiant de génie de la construction, directeur de L’Heuristique

Depuis bientôt trois ans, j’écris entre un et trois articles pour chaque édition de L’Heuristique. Ce n’est généralement pas l’inspiration ni la motivation qui manque. Au contraire, je me suis souvent empêché d’écrire plus afin d’éviter que l’on m’accuse de monopoliser le journal étudiant. Il est effectivement anormal que dans une école de 8 000 étudiant(e)s, un collaborateur produise, à lui seul, près de 10 % des articles y étant publiés. Ceci est par ailleurs plus qu’un constat, c’est une invitation à y faire entendre votre voix, puisqu’il s’agit de votre journal.

Pour cette édition, j’aurais pu écrire au sujet du transport des hydrocarbures, surtout suite aux deux dernières éditions où la page de couverture a été réservée à un article en faisant l’éloge. Il s’agit d’ailleurs d’un sujet particulièrement d’actualité alors que TransCanada continue à s’entêter à construire son oléoduc Énergie Est sur le territoire québécois.

J’aurais également pu écrire sur la grève étudiante, laquelle a fait couler bien de l’encre au mois d’avril. J’aurais notamment pu aborder le sujet de la violence de l’État contre sa jeunesse, celle-ci ne cessant de s’accentuer depuis quelques années.

J’aurais évidemment pu écrire sur la grève des professeur(e)s et des maître(sse)s d’enseignement, moi qui ne manque généralement pas une occasion d’attaquer l’administration de l’ÉTS.

J’aurais même pu écrire sur l’austérité, comme je l’ai déjà fait par le passé. Cela aurait assurément été intéressant, considérant que l’éducation a à nouveau été victime de coupures dans le nouveau budget libéral, avec une hausse d’à peine 0,2 % du financement, alors que l’inflation pour l’année 2014 était de 1,4 %.

J’aurais pu écrire sur tous ces sujets qui me passionnent, mais je ne l’ai pas fait. Des circonstances particulières m’en ont empêché.

Printemps 2015

Au cours des dernières semaines, j’ai ressenti des émotions que je n’avais pas vécues depuis le printemps 2012. Ces émotions, c’est l’anxiété, la colère et l’impuissance que l’on ressent quand nos camarades sont encerclé(e)s, assiégé(e)s, battu(e)s, emprisonné(e)s…

Si en 2012, j’ai vécu la grève de l’intérieur, cette fois-ci, je l’ai vécue de l’extérieur. Alors qu’à l’époque, ces moments difficiles étaient accompagnés d’une solidarité et d’un amour puissant, cette année, c’est seulement la violence policière et la froideur que j’ai pu observer, à médias interposés. C’est le même genre de froid que j’avais ressenti une fois que tout s’était terminé, trop abruptement, en 2012. Ce printemps, on dirait que ça n’a même jamais commencé. En effet, plus personne ne s’offusque de voir des jeunes se faire tirer dessus, plus personne ne s’offusque de voir leur liberté d’expression anéantie, plus personne ne s’offusque de voir un État corrompu leur mentir. En fait, plus personne ne s’offusque… Sauf pour quelques masques et des fenêtres brisées. C’est beaucoup plus réconfortant.

Je suis probablement lâche, mais je crois qu’il y a des limites à prêcher dans le désert et que ces limites ont été atteintes. Dans de telles conditions, à quoi bon rédiger un autre article pour tenter de convaincre qui que ce soit de quoi que ce soit?

Congrès de la Presse étudiante francophone

Au même moment a eu lieu un congrès de la Presse étudiante francophone, laquelle rassemble une dizaine de journaux étudiants francophones, à savoir :

Parmi ces journaux, seuls L’Heuristique et Le Polyscope sont produits dans des universités monofacultaires : deux écoles de génie. Les deux font piètre figure, en comparaison aux autres journaux universitaires, mais particulièrement L’Heuristique. Ce dernier n’est tiré que six fois par année, soit quatre fois moins que Le Polyscope. Bien que leur contenu soit d’une qualité similaire, il s’agit d’une différence énorme en termes d’implication de la part de leurs lecteurs et lectrices.

Dans le cas de journaux tels Quartier libre et Impact Campus, on pourrait presque croire qu’il s’agit de journaux professionnels. Une différence majeure pour ces journaux vient de la diversité de leurs membres. Un peu à la manière des compétitions d’ingénierie pour les étudiant(e)s de l’ÉTS, la production de ces journaux est, pour leurs collaborateurs et collaboratrices, un moyen de tester ses capacités dans le domaine où ils feront carrière.

Bref, malgré tout l’intérêt que je puisse posséder pour l’écriture, je n’ai d’autre choix que de me rendre à l’évidence : je ne possède pas les connaissances nécessaires pour diriger un journal étudiant. J’annonce donc que je remettrai ma démission du poste de directeur de L’Heuristique dès qu’un(e) remplaçant(e) se sera manifesté(e).

Par ailleurs, j’ignore si ce sera sur les mêmes sujets qu’auparavant, mais je continuerai tout de même à rédiger dans L’Heuristique.