L'Heuristique: Journal des étudiants de l'ÉTS

La Loi du silence

Mars 2015 » Opinions » Par Félix-Antoine Tremblay, étudiant de génie de la construction, directeur de L’Heuristique

Cet article clôt une série ayant débuté en novembre dernier1. Ces articles ont été précédés d’une enquête de plusieurs mois, laquelle a mené à des révélations troublantes. Au moment d’écrire ces lignes, l’AÉÉTS ne s’est toujours pas positionnée à leur sujet, bien qu’elle en ait été informée en octobre 2014.

Les élections générales de l’AÉÉTS tenues en 2012 ont eu lieu alors que le Québec vivait une mobilisation sans précédent. Cela a poussé plusieurs individus inexpérimentés à tenter leur chance. Bien qu’à l’époque l’AÉÉTS était dotée d’une politique de transfert de connaissances, celle-ci était basée sur l’expérience passée des membres du conseil d’administration (CA). Cette expérience, malgré plusieurs décennies d’existence, était avant tout celle d’un comité de « party » travaillant en collaboration avec l’ÉTS. Ainsi, des valeurs fondatrices telles la transparence, l’éthique, la rigueur, le professionnalisme et le respect étaient souvent négligées. Forte d’une charte rendue incompréhensible par une kyrielle de modifications contradictoires, l’Association voguait d’une décision arbitraire à l’autre. Ce manque de constance n’était pas étranger à un grave manque d’histoire écrite, une situation qui donnait souvent force de loi à des ouï-dire.

Centralisation des pouvoirs

Le conseil exécutif (CE), dont tous les membres avaient été élus sans opposition, se croyait investi d’un mandat les dispensant de reddition de compte. Le CA n’était que partiellement tenu au courant de leurs dossiers et les assemblées générales, tout comme les référendums, étaient vues comme une menace. Le manque de respect pour les membres de l’Association était parfaitement accepté. En privé, on parlait fréquemment d’eux comme d’une « bande de tarés » et on se réjouissait du succès des manigances visant à leur nuire.

Les exécutantes et exécutants avaient par exemple proposé l’augmentation du quorum référendaire (jusqu’à 50 % des membres) et d’obliger la tenue de certains votes par voie référendaire. De plus, il a été proposé d’augmenter le nombre de signataires requis pour les pétitions visant la tenue d’assemblées générales spéciales. Plusieurs d’entre eux et elles prônaient même le retrait des procès-verbaux du site web de l’AÉÉTS. Certains y allaient aussi de plaidoiries nettement en faveur d’un partage d’information aux membres aussi faible que possible. D’ailleurs, bien qu’une quarantaine d’assemblées aient été tenues pendant le mandat 2012-2013, seulement six procès-verbaux ont été rendus publics.

Espionnage et manipulation

La situation était telle que plusieurs membres ont fait pression sur l’Association. Plutôt que de tenir compte des critiques à leur endroit, les exécutantes et exécutants ont jugé approprié de « monter » des dossiers sur certains de leurs membres afin de les discréditer. En juillet 2014, au moment de supprimer ces dossiers, on comptait plus d’une centaine d’impressions d’écran et de compilations de discussions provenant non seulement des espaces publics, mais également de pages personnelles des membres visés ainsi que de courriels. Des dizaines de fils de discussions du CE portaient exclusivement sur leurs différentes trouvailles.

Ces dossiers ont notamment servi lors de discussions entre les membres du CE et les Services aux étudiants [sic] (SAÉ) ainsi que la direction de l’ÉTS. Il avait par exemple été demandé aux SAÉ de rencontrer personnellement au moins un des membres espionnés afin de calmer le jeu. L’Exécutif a lui aussi rencontré des membres pour cette fin. Toutefois, en privé, on suggérait littéralement de faire semblant de les écouter et de « jeter » leurs doléances.

Omerta

C’est seulement deux ans après les gestes que la situation a enfin été rendue publique, par la présente. Ce n’est pas étranger aux problèmes qui perdurent au sein de l’Association. Il y règne malheureusement une culture du silence nommée à tort « collégialité », laquelle est à base d’une tradition privilégiant le statu quo. Cette omerta est de plus en plus remise en question, malgré les forces réactionnaires qui travaillent à son maintien.

Leur dernier geste d’éclat a mené à ma démission du poste de vice-président des communications. Il s’agit d’un blâme pour avoir dénoncé ces faits en mon nom personnel, suite au refus du CA de l’AÉÉTS de le faire en son nom, le 22 octobre dernier :

« Considérant que le 35e Conseil d’administration a été informé des gestes antidémocratiques posés par certains administrateurs et administratrices de l’AÉÉTS entre mars 2012 et janvier 2013;

Considérant que le 35e Conseil d’administration a également été informé qu’à cette même époque, de nombreux cas de collusion ont eu lieu;

Considérant que ces gestes sont parfaitement inacceptables;

Considérant qu’il est nécessaire de dénoncer de tels gestes afin d’éviter qu’ils se reproduisent;

Considérant que ces gestes nuisent grandement à la relation entre l’AÉÉTS et ses membres;

Que le 35e Conseil d’administration dénonce sans équivoque la collusion et les gestes antidémocratiques posés par l’AÉÉTS entre mars 2012 et janvier 2013;

Que l’AÉÉTS s’excuse pour ces gestes auprès de ses membres. »2

Cette proposition a été rejetée à majorité par l’assemblée. Suite à ce refus, je n’ai eu d’autre choix que d’en informer moi-même les membres de l’Association. En effet, il est du devoir des administrateurs et administratrices d’agir dans l’intérêt des membres, or cacher de telles informations va clairement à l’encontre de ce principe.

Mes articles ont soulevé l’ire de certains administrateurs, lesquels voyaient en ceux-ci une attaque envers eux. Ainsi, le 14 janvier dernier, j’ai fait l’objet d’une offensive de leur part. Celle-ci m’a poussé à remettre ma démission dès le 15 janvier3, afin de me dissocier des motions proposées par ces derniers.

Malgré les progrès réalisés lors des deux dernières années, il est clair que l’omerta régnant au sein de l’AÉÉTS est toujours présente. Alors que la profession d’ingénieur est mise à mal par de fréquentes accusations de collusion et de corruption, la présence d’une telle ambiance au sein d’une association étudiante d’ingénierie est de très mauvais augure. Les membres de l’AÉÉTS doivent exiger mieux de la part de leurs représentantes et représentants; la situation actuelle ne peut pas perdurer. C’est pour cette raison que j’ai choisi de me présenter à nouveau lors des élections hivernales, cette fois-ci au poste de vice-président des finances.

1 La Maison des étudiants [sic] — Une affaire de collusion, 1er novembre 2014; Comment empêcher le déclenchement d'une grève, 1er janvier 2015; La loi du silence, 1er mars 2015

2 Motion CA20141022-35-S03-5.2

3 Démission du vice-président des communications

Motions adoptées

Première motion4

« Considérant qu'il n’a aucune expertise en comptabilité;

Considérant qu'il ne s'est pas informé avant d'écrire son article « Bilan de mi-mandat »;

Considérant qu'il présume qu'il a retrouvé 40 000 $ d'erreur [sic] comptable [sic];

Considérant que le [sic] 40 000 $ n'est [sic] que la contingence prévue au budget pour l'association et que celle-ci n'a pas été utilisée;

Considérant qu'il est courant de mettre 10 % de contingence dans un budget;

Considérant que le [sic] 40 000 $ représente [sic] moins de 5 % de contingence;

Considérant que ne pas utilisé [sic] la contingence est signe de bonne administration des fonds de l'association;

Que Félix-Antoine Tremblay se rétracte sur ses allégations [sic] « 40 000 $ d'erreur [sic] comptable [sic] », car les fonds étaient [sic] que le budget de la contingence.

Que Félix-Antoine Tremblay vérifie avec la comptable de l'association la véracité [sic] de sa rétractation avant de la publier. »5

Rectifions les faits

Des 40 000 $ dont j’ai fait mention, aucune somme ne concernait la contingence. Toutefois, 30 000 $ concernaient le fonds de réserve de l’Association, lequel était jusqu’ici considéré un synonyme de contingence par le vice-président des finances. Pourtant, nos règlements indiquent clairement qu’il s’agit d’un fonds d’urgence visant à éviter la faillite :

 « Le fonds de réserve a pour objet de palier [sic] aux situations critiques. Il ne s’agit en aucun cas d’une contingence. »6

La contingence budgétaire consiste quant à elle à pallier les dépenses imprévues ou dépassant le montant prévu. Pour l’année 2014-2015, une somme de 20 000 $ a été prévue à cette fin au budget de l’AÉÉTS.

En plus de cette confusion, la somme était considérée comme une dépense, alors qu’il s’agit d’un fonds conservé dans un compte en banque dédié. De ce fait, chaque année, 30 000 $ étaient placés dans un poste budgétaire duquel aucune dépense ne pouvait être effectuée : une garantie de surplus dès le premier jour de l’année fiscale.

Des 10 000 $ restants, j’avais noté plusieurs erreurs mineures concernant la prévision des revenus, dont la plus importante était l’absence de revenus en intérêts, malgré les centaines de milliers de dollars en surplus accumulés peuplant les coffres de l’Association.

Lors du congrès du 16 mars 2014, j’ai fait valoir ma cause devant le CA, lequel m’a donné raison et a demandé au vice-président des finances d’effectuer les corrections nécessaires.

Je tiens tout de même à préciser que l’utilisation du terme « comptable » dans mon bilan de mi-mandat était maladroite et que j’aurais plutôt dû utiliser le terme « budgétaire ». Mon texte ne faisait référence à aucune firme de vérification comptable. Il est donc de mon avis que cette légère erreur ne méritait pas l’adoption d’une telle motion visant à me contraindre à la rétractation, notamment puisque j'avais confirmé que je préciserais ma pensée dans la prochaine édition du journal.

Deuxième motion

« Considérant ses articles dans l’Heuristique visant à dénigrer les administrations précédentes de l’AÉÉTS;

Considérant la publication de l’article « La Maison des étudiants [sic] — Une affaire de collusion »;

Considérant que cet article va a [sic] l’encontre du mandat [de signer le contrat de la MdÉ] donné par l’AG;

Considérant qu’à de nombreuses reprises, des administrateurs ont signalé à Félix-Antoine que son comportement n’était pas constructif;

Considérant sa non-coopération répétée avec ses collègues de l’AÉÉTS;

Considérant les plaintes émises par les employées de l’AÉÉTS concernant les actions de Félix-Antoine;

Que l’on blâme Félix-Antoine Tremblay pour son manque de collégialité. »7

Rectifions les faits

Tout d’abord, aucun de mes articles n’a eu pour but de dénigrer les précédentes administrations de l’Association, l’affirmer consiste d’ailleurs en un procès d’intentions. Mon but a toujours été d’informer nos membres des irrégularités jusqu’ici cachées par l’AÉÉTS, notamment afin d’empêcher que de tels abus aient à nouveau lieu.

Ensuite, l’article ne va pas à l’encontre du mandat donné. Cette affirmation fait complètement abstraction de la conclusion de l’article auquel elle fait référence, laquelle indiquait clairement que la signature du contrat de la Maison des étudiants [sic] était imminente et que l’AÉÉTS avait le mandat d’aller de l’avant.

Finalement, les trois derniers considérants8 sont des mensonges : l’article n’a fait l’objet de discussions qu’à de rares occasions et en aucun cas n’y a-t-il eu un consensus au sujet de celui-ci; les membres du CA ont été invités à collaborer à la rédaction de mes articles à de nombreuses reprises, ce que plusieurs d’entre eux ont fait; aucun employé ou employée de l’AÉÉTS n’a émis de plainte à son sujet.

Bref, le blâme décerné par le CA place clairement les intérêts de celui-ci au-dessus de ceux des membres, alors que les administratrices et administrateurs ont pour mission de les représenter. En effet, c’est bien pour protéger l’image du CA qu’on a refusé de dénoncer au nom de l’AÉÉTS les actions répréhensibles ayant été rapportées dans mes articles.

Afin de ne pas créer un précédent, je proposerai à l’assemblée générale du 4 mars prochain de renverser cette résolution. Il est inacceptable de blâmer le messager plutôt que les gens qui ont posé les gestes dénoncés, soit notamment d’avoir triché lors de tous les référendums tenus pendant la 33e administration (2012-2013). En effet, l’AÉÉTS n’a jamais blâmé les gens ayant posé ces actes.

Motions non proposées

Troisième motion

« Considérant que plusieurs articles dans l’Heuristique de Félix-Antoine Tremblay sont à son nom;

Considérant que certains de ses articles sont signés « Vice-président des communications »;

Considérant que l’utilisation du titre du vice-président des communications en fait une communication officielle de l’association;

Considérant que plusieurs de ses articles causent des litiges au sein des administrateurs; Considérant que les écrits de Félix-Antoine Tremblay ne représentent pas l’avis de l’association; Considérant que certains de ses articles utilisent des informations uniquement accessibles par son compte de vice-président des communications;

Que l’on interdise Félix-Antoine Tremblay de signer ses articles « Vice-président des communications », à moins de l’approbation du CE;

Que l’on interdise Félix-Antoine Tremblay d’utiliser des informations confidentielles pour ses articles personnels, à moins de l’approbation du CE. »9

Rectifions les faits

À ce jour, je n’ai signé qu’un seul article à titre de vice-président des communications. Il s’agit de mon bilan de mi-mandat, lequel a été rédigé en parfait respect de mon mandat. Cette accusation est donc purement fausse. De plus, de nombreux articles ont été signés par d’autres élus et élues de l’Association, notamment par des présidents et présidentes.

Quant à quelques informations confidentielles que ce soit, cette accusation est également fausse, puisque toutes les informations que j’ai utilisées sont accessibles aux membres pour consultation au siège social de l’Association, lesquels sont libres de les utiliser comme bon leur semble. D’ailleurs, les preuves appuyant ces dires sont rassemblées dans mes dossiers, lesquels sont accessibles pour consultation, selon les mêmes conditions.

Quatrième motion

« Considérant la publication de l’article « La Maison des étudiants [sic] — Une affaire de collusion »;

Considérant que son auteur Félix-Antoine Tremblay est l’actuel VP Comm [sic] de l’AÉÉTS;

Considérant que cette position et n’a pas été voté en CA;

Considérant l’ambiguité [sic] pouvant être causer [sic] par la parution de cet article;

Considérant que l’AG a voté pour le projet de la maison des étudiants;

Que l’AÉÉTS réaffirme son appui et son envie de participer au projet de la maison des étudiants;

Que l’AÉÉTS réaffirme que cet article ne représente pas la position officiel [sic] de l’AÉÉTS;

Que l’AÉÉTS réaffirme publiquement, via le VP Comm [sic], par une annonce sur les réseaux sociaux et dans la prochaine édition du journal, sont [sic] engagement d'aller vers l’avant avec le projet de la maison des étudiants. »10

Rectifions les faits

Tel qu’indiqué précédemment, la conclusion de l’article indiquait sans équivoque que le mandat était en cours de réalisation. J’ai d’ailleurs cosigné une lettre envoyée à l’ÉTS appuyant le projet de la MdÉ en tant que vice-président des communications le 9 décembre 2014. Cette lettre est confidentielle et est accessible pour consultation aux membres, et ce, au siège social de l’Association.

4 Cette motion a été amendée pour la suivante avant d’être adoptée :

« Que Félix-Antoine Tremblay se rétracte sur ses allégations [sic] « 40 000 $ d'erreur [sic] comptable [sic] »;

Que Félix-Antoine Tremblay vérifie avec la comptable de l'Association la véracité [sic] de sa rétractation avant de la publier. »

5 Résolution CA20150114-35-009-5.2

6 Volume I - Statuts et règlements de la charte de l’AÉÉTS, version 1.1.2

7 Résolution CA20150114-35-009-5.1

8 Somme de toutes les portions d’une motion débutant par « considérant »

9 Motion non classée nommée « Appui au projet de la maison des étudiants [sic] »

10 Motion non classée nommée « Intégrité des administrateurs [sic] »